Le REM Belgique et le REM Suède organisent un séminaire européen sur la migration et la coopération au développement
Le 4 juin 2026, le REM Belgique et le REM Suède ont organisé, en collaboration avec le Groupe d'experts suédois pour les études sur l'aide au développement (EBA) et la Délégation suédoise pour les études sur les migrations (Delmi), le séminaire européen intitulé « Lier migration et coopération au développement : expériences européennes et réflexions stratégiques », à la Représentation permanente de la Belgique auprès de l'Union européenne à Bruxelles.
L’événement marquait le lancement, au niveau européen, de l’anthologie intitulée « Lier migration et développement : expériences européennes et enseignements stratégiques pour la Suède ». S’appuyant sur la fiche d'information du REM de 2024 sur la migration et la coopération au développement, élaborée par le REM Suède et le REM Belgique en collaboration avec plusieurs États membres, cette anthologie analyse la manière dont le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas et l’Allemagne ont abordé les liens entre la politique migratoire et la coopération au développement au cours de la dernière décennie.
Avec près de 80 participants, le séminaire a réuni un large éventail d’acteurs issus des autorités publiques, des institutions de l’Union européenne, des organisations internationales, du monde académique, des groupes de réflexion, de la société civile, des organisations de la diaspora, ainsi que des ambassades et des représentations permanentes.
Le séminaire a été ouvert par un mot de bienvenue de Hugo Verbist, Envoyé spécial pour la migration au sein du Service public fédéral Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au développement. Il a souligné le rôle du REM dans la fourniture d’informations fiables et dans le soutien à l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes. Il a également indiqué que la fiche d'information du REM de 2024 constituait une base importante pour les discussions. Enfin, il a mis en avant l’importance d’une migration bien gouvernée, du développement durable, du multilatéralisme et de partenariats solides avec les pays tiers.
Bogdana Sybikowska, de la Direction générale de la migration et des affaires intérieures (DG HOME), et Samuel Simon Pulido, de la Direction générale des partenariats internationaux (DG INTPA), ont présenté les priorités de l’Union européenne en matière d’action extérieure dans le domaine des migrations dans le contexte du Pacte sur la Migration et l’Asile. Ils ont abordé les principaux éléments du Pacte, notamment le filtrage préalable (screening), les procédures aux frontières, la solidarité, les retours et les garanties en matière de droits fondamentaux. Ils ont également évoqué la coopération avec les pays tiers en matière de gouvernance des migrations, de voies légales de migration, de retour, de réadmission et de réintégration.
L’anthologie a été présentée par Iris Luthman et Henrik Malm Lindberg de Delmi, ainsi que par Mats Hårsmar de l’EBA. Leur présentation s’est articulée autour d’une question centrale : non pas de savoir si migration et développement sont liés, mais comment ce lien est gouverné dans la pratique et quels en sont les effets. S’appuyant sur les expériences du Danemark, de l’Allemagne, des Pays-Bas et de la Norvège, ils ont montré que la migration est devenue une référence de plus en plus importante dans le cadre de la coopération au développement, même si les approches diffèrent sensiblement d’un pays à l’autre. Ils ont également souligné la nécessité de définir des objectifs réalistes, d’assurer une coordination claire, de faire preuve de transparence quant aux arbitrages opérés, de garantir le respect des droits et l’appropriation par les pays partenaires, ainsi que de renforcer les données probantes sur ce que la coopération au développement liée aux migrations peut raisonnablement permettre d’atteindre.
Les perspectives nationales présentées par les Pays-Bas, l’Allemagne et la Belgique ont illustré la manière dont différentes approches se sont développées dans la pratique. Arjen Leerkes a présenté l’expérience néerlandaise, dans laquelle la coopération au développement est de plus en plus mobilisée comme un instrument de gouvernance des migrations, notamment à travers des initiatives de retour et de réintégration, des campagnes d’information et des partenariats de mobilité. Il a souligné la nécessité de conserver des attentes réalistes, l’impact de ces instruments sur les dynamiques migratoires étant souvent limité, indirect et difficile à mesurer. Anna Knoll a présenté l’approche pangouvernementale adoptée par l’Allemagne, montrant comment la migration est devenue une thématique transversale au sein de sa politique de coopération au développement. Son intervention a également mis en évidence certaines tensions entre les objectifs de développement et les priorités de la politique migratoire, notamment dans les domaines de la mobilité de la main-d’œuvre, du retour et de la réintégration. Raffaella Greco Tonegutti a présenté la perspective belge en matière de coopération au développement. Elle a mis en avant le rôle d’Enabel dans l’appui aux pays partenaires afin de leur permettre de gérer les migrations et les déplacements forcés de manière à renforcer leur potentiel de développement tout en réduisant les risques associés. Elle a également souligné l’importance d’une approche pangouvernementale, notamment dans des domaines tels que la réintégration durable, la mobilité de la main-d’œuvre, l’engagement des diasporas et les solutions de développement dans les contextes de déplacement forcé.
La dernière discussion, axée sur les politiques et modérée par Hanne Beirens, a réuni Melissa Siegel, Jonathan Chaloff et Jason Gagnon. Les échanges ont porté sur la manière de mieux articuler, dans la pratique, les objectifs liés à la migration et au développement, tout en tenant compte des principes de la coopération au développement, de l’appropriation par les pays partenaires, des droits fondamentaux, des données probantes et des réalités opérationnelles. Les interventions des participants ont également contribué à enrichir le débat. Les réflexions ont notamment porté sur le rôle des partenariats public-privé, y compris les éventuels décalages entre les besoins du secteur privé et les politiques ou priorités publiques. Les participants ont également relevé que les États membres peuvent accorder la priorité à certains pays d’origine qui ne correspondent pas nécessairement à ceux jugés les plus pertinents par les acteurs du secteur privé. Les échanges ont par ailleurs abordé l’importance de l’intégration de la dimension de genre dans la coopération au développement liée aux migrations et ont inclus des réflexions sur la conditionnalité du point de vue des pays partenaires. La discussion a également mis en évidence la nécessité de déployer les programmes à une échelle suffisante pour qu’ils puissent avoir un impact significatif, tout en évitant de surestimer l’influence que des actions de faible ampleur peuvent exercer dans le cadre d’accords plus larges avec les pays d’origine.
Le séminaire a confirmé l’intérêt de réunir, au niveau de l’Union européenne, les perspectives de la recherche, des politiques et de l’expérience opérationnelle. Les participants ont souligné la nécessité de mener des discussions fondées sur des données probantes et réalistes sur le lien entre migration et développement, en évitant les affirmations trop générales, tout en identifiant des domaines concrets dans lesquels la coopération au développement peut contribuer à la gouvernance des migrations, au retour et à la réintégration durables, à la protection, à la mobilité et aux partenariats.
Le séminaire s’est conclu par une intervention de Hugo Rickberg, expert senior à l’Agence suédoise des migrations. Il a remercié les intervenants, les organisateurs et les participants pour la qualité de leurs contributions, et est revenu sur la richesse des échanges de la journée. Il a exprimé l’espoir que ces discussions nourrissent de nouvelles réflexions, de nouveaux travaux de recherche et la poursuite des échanges sur les liens entre migration et coopération au développement.
Pour plus d’informations, veuillez trouver (en anglais) ci-dessous l’agenda, l’anthologie et les présentations PowerPoint.